" Tous les trésors de la terre ne valent pas le bonheur d'être aimé. "
Calderon
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La Lanterne allumée
" Le Mousse était une brave bête. Il en a fait des kilomètres ! Le pire, c'était les jours de tempête, quand la « sibère » soufflait. Il avait peur des branches ou des touffes de genêts qui traversaient la route. Quand il avait le vent de face, il peinait pour monter les côtes ; parfois, il s'arrêtait complètement et tapait du pied en hennissant. Dans ces moments, les grands-parents ne pouvaient pas tenir leur lanterne allumée. C'était une lanterne munie d'un manche qu'on enfonçait dans une douille du char à banc. Elle avait trois plaques de verre, une devant et deux de chaque côté, avec une bougie à l'intérieur. Elle donnait une toute petite lumière ; la clarté s'étendait à peine jusqu'à la tête du cheval, mais il y était habitué et ça le guidait un peu. Quand le vent soufflait la bougie, il s'arrêtait. On protégeait la flamme en mettant un morceau de tissu derrière la lanterne. Mais en cas de tourmente, on ne pouvait même pas rallumer la bougie. Le grand-père descendait pour guider le cheval. II tâtait le terrain avec un bâton. De temps en temps, la grand-mère essayait de rallumer la lampe. Les accidents étaient fréquents les nuits de tempête; les gens passaient sous les ponts, les chevaux ou les vaches basculaient dans les ravins, entraînant leur chargement... "
Lu in Le Crêt de Fonbelle, les gens du mont Pilat, par Claudia et Joseph Jeury, Paris, Seghers 1981.