Un bout de rêve - Poèmes, contes, textes, citations
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Poèmes

Rudyard Kipling


Rudyard Kipling -
(1856-1936)

SI.....

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Un conte de Rudyard Kipling

Le Parsi enleva son chapeau ; pour sa part, le Rhinocéros enleva sa peau et la jeta sur son épaule pour descendre jusqu'à la plage se baigner. En ce temps-là, elle se boutonnait par en-dessous avec trois boutons et elle ressemblait à un imperméable. Le Rhinocéros ne dit pas un mot à propos du gâteau du Parsi parce qu'il l'avait tout mangé ; il n'a jamais connu les bonnes manières, pas plus à cette époque-là que depuis lors, et il ne les connaîtra jamais. Il entra directement dans l'eau en se dandinant et il se mit à faire des bulles avec son nez, après avoir laissé la peau sur la plage.

Un instant plus tard, le Parsi approcha, trouva la peau, et il eut un sourire qui lui fit deux fois le tour de la tête. Alors il tourna trois fois autour de la peau en dansant et se frotta les mains. Puis il alla jusqu'à son campement et remplit son chapeau de miettes de gâteau car il ne mangeait jamais rien d'autre et il ne balayait jamais son campement. Il ramassa la peau et il la secoua, il frotta cette peau avec force et il y incrusta autant de vieilles miettes sèches, dures et chatouillantes qu'elle pouvait en contenir, sans oublier quelques raisins brûlés. Puis il remonta en haut du palmier et attendit le moment où le Rhinocéros sortirait de l'eau et remettrait sa peau.

Ce que fit le Rhinocéros. Il boutonna les trois boutons et il sentit des chatouillements comme quand il y a des miettes dans un lit. Alors il voulut se gratter et ce fut pire. De même que lorsqu'il se coucha sur le sable et se roula à n'en plus finir : à chaque tour, les miettes le chatouillaient de pis en pis. Alors il courut jusqu'au palmier et se frotta contre l'arbre à n'en plus finir. Il se frotta tellement et si fort que sa peau forma un grand pli sur les épaules, et un autre pli en-dessous, là où se trouvaient les boutons auparavant (à force de se frotter, il les avait perdus), et il y eut encore d'autres plis qui se formèrent sur ses pattes. Cela ne lui arrangera pas le caractère mais cela ne dérangea pas du tout les miettes. Elles étaient à l'intérieur de sa peau et elles le chatouillaient. Alors le Rhinocéros s'en retourna chez lui, vraiment très en colère et horriblement écorché ; et de ce jour-là à celui-ci, tous les Rhinocéros eurent des grands plis sur la peau et très mauvais caractère, tout ça à cause de miettes à l'intérieur.

Extrait de "Histoires comme ça !

Quelques citations de Kipling

Dès que tu vois que tu sais faire une chose, attaque-toi à quelque chose que tu ne sais pas encore faire.

On ne paie jamais trop cher le privilège d'être son propre maître.

Il n'y a pas de plaisir comparable à celui de rencontrer un vieil ami, excepté peut-être celui d'en faire un nouveau.

Copyright 2004 - Claudie - www.vivance.ch